Agricultrices (et agriculteurs) dans le canton de Vaud
L’ONU a nommé 2026 l’année des paysannes et des agricultrices, et donc également celle des agricultrices vaudoises ! A cette occasion, des institutions suisses ont mis en place des évènements autour des paysannes helvétiques. Le musée en plein air Ballenberg propose ainsi une exposition sur le sujet ainsi qu’un court métrage.
Profitant de l’occasion, la sélection thématique de la BCU Lausanne propose de mettre avant les documents concernant de près ou de loin les femmes travaillant ou ayant travaillé la terre dans le Pays de Vaud. Si elles sont longtemps restées en marge des études et des représentations de la paysannerie, elles bénéficient de plus en plus de la reconnaissance qui leur est due. Et les paysannes vaudoises font figure de pionnières, en particulier Augusta Gillabert-Randin (1869-1940). Elle a fondé l’Association des productrices de Moudon, ancêtre de l’Association des Paysannes Vaudoises, qui publie des livres de recettes paysannes. Elle est en particulier connue pour avoir, dans le but de promouvoir la place des femmes dans l’agriculture et obtenir des fonds, réalisé le film « La paysanne au travail », qui les met en scène dans leurs activités quotidiennes. De plus en plus reconnue, elle bénéficie depuis le 1er octobre 2026 d’un parc à son nom à Lausanne, ainsi que d’une place à Moudon depuis 2022.

Toutefois, la figure d’Augusta Gillabert-Randin occulte une réalité encore tenace : les femmes sont peu représentées dans les publications sur l’agriculture vaudoise. En effet, difficile de trouver des ouvrages ou études consacrées uniquement aux paysannes. Signe cependant de leur visibilité grandissante, quelques livres en font leur sujet principal, comme Le courage de la Terre, paru en 2018 aux Editions d’en-bas ou l’ouvrage consacré à Augusta Gillabert-Randin en 2005 (Une paysanne entre ferme, marché et associations) ou encore Les chroniques d’une paysanne (2012).
Anouk Hutmacher a développé récemment un discours sur le monde paysan actuel (Paysannes : un combat silencieux ; Silence, on ferme ! ; Le choix de la terre) et sur la difficulté de travailler la terre. Née à Genève, sociologue, elle épouse un producteur de lait et s’installe près d’Oron.

Autre signe de la visibilité en hausse des paysannes, les récents documentaires Etre paysan·ne du réalisateur vaudois Frédéric Gonseth et Devenir paysan d’Alexia Tissières. Il existe une certaine tradition de documentaires sur la paysannerie, notamment les films de la Vaudoise Jacqueline Veuve (1930-2013) (Le Panier à Viande, Le sable rose de montagne, Chronique paysanne en Gruyère, Chronique vigneronne), en partie disponible sur artfilm. La RTS a aussi produit des documentaires sur la paysannerie, comme celui sur les paysans et ouvrier de l’Auberson, ou sur les paysans du Jura vaudois. Des femmes aussi ont été le sujet de ces reportages, comme Germaine Laedermann au Mont-sur-Lausanne et Lorraine Chollet à Ecoteaux.

La photographie permet aussi de documenter la paysannerie. Ainsi le poète vaudois Gustave Roud (1897-1976) a pris de nombreuses images des activités agricoles du Jorat et de la région de Palézieux. Ces photographies, archivées à la BCU de Lausanne, sont consultables en ligne. Marcel Imsand (1929-2017), très important photographe romand, a également publié sur la paysannerie, notamment les images du berger Luigi ou de la Fête des vignerons de 1977. On peut également citer Femmes de la terre de Monique Jacot (1934-2024), publié en 1989 et Corbeau d’Anne Golaz en 2017.

Les paysannes ont une histoire, qui s’inscrit dans celle de l’agriculture dans le canton de Vaud, pays au territoire varié, entre agriculture de montagne, viticulture et cultures céréalières de plaine. La sélection présente également des ouvrages sur l’histoire de l’agriculture dans le canton ainsi que des publications sur l’histoire de certaines communes rurales.
L’agriculture s’inscrit dans un territoire et un bâtiment, la ferme ou la maison rurale, en constitue un élément fondamental. Les études sur l’habitat rural sont nombreuses, en particulier celles des historiens de l’art Marcel Grandjean et Daniel Glauser. Le vignoble est une caractéristique du canton et la Fête des Vignerons en est un emblème. Le conseiller fédéral Guy Parmelin n’est-il pas lui-même vigneron ?
La paysannerie et l’agriculture, composante idéalisée ou critiquée de l’identité vaudoise, est un objet de littérature et de poésie. Depuis le 19e siècle, des écrivains comme Urbain Olivier (1810-1888) mettent en scène la vie villageoise et paysanne. Jules Besançon (1831-1897) adopte de son côté une approche plus satirique de la vie campagnarde vaudoise. Au 20e siècle, les éditions Mon Village publient de nombreux livres se déroulant dans la campagne. Son fondateur lui-même, le paysan Albert-Louis Chappuis (1926-1994), écrit des romans aux titres explicitement liés à l’agriculture (La moisson sans grain, Les foins sauvages, etc.). Récemment, des écrivains s’emparent de la paysannerie dans des œuvres littéraires. Le succès de Faire paysan (2023) de Blaise Hofmann témoigne d’un intérêt grandissant pour la condition paysanne. Florian Sägesser raconte dans Bel horizon (2025) le Jura vaudois à partir de l’histoire de sa maison et Bruno Pellegrino s’inspire de la vie de Gustave Roud et sa sœur Madeleine pour décrire les changements survenus dans l’agriculture dans Là-bas, août est un mois d’automne (2018). Anne-Sophie Subilia quant à elle narre la disparition progressive du paysage rural (Parti voir les bêtes, 2016).
Depuis une dizaine d’années, la paysannerie fait donc l’objet d’un regain d’intérêt, que ce soit dans la recherche, comme en atteste la publication de Culture(s) paysanne(s) (2025) ou le projet de recherche Polyphonies Paysannes, consacré en particulier aux femmes, ou dans la production artistique. Les paysannes se trouvent ainsi au cœur de nombreux enjeux contemporains, que ce soit l’avenir de notre alimentation, le dérèglement climatique ou la place de la femme dans la société.
A travers notre sélection vous pourrez ainsi vous plonger dans le monde des agricultrices et agriculteurs vaudois du passé et du présent, du 26 octobre 2026 au 4 janvier 2027.
Agriculturices (et agriculteurs) dans le canton de Vaud