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La Bibliothèque russe de Lausanne (1900-1955)

En décembre 2024, la revue ILCEA de l’Université de Grenoble a publié un numéro intitulé Bibliothèques en dehors de l’Empire : institutions et pratiques culturelles de l’exil russophone (1870‑1956). Cette publication est significative pour la BCU Lausanne, car elle consacre plusieurs articles à la Bibliothèque russe de Lausanne.

La Bibliothèque russe de Lausanne a fonctionné comme une bibliothèque indépendante à Lausanne depuis le tout début du XXe siècle jusqu’en 1955. Cette bibliothèque a changé plusieurs fois d’adresse avant de se fixer aux Galeries du Commerce vers 1913. En 1955, faute de viabilité économique, ses collections ont été données à la BCU Lausanne.

La proposition de don de la Bibliothèque à la BCU Lausanne (Archives du secrétariat de la BCU Lausanne)

Peu étudiée jusqu’à présent, la Bibliothèque russe de Lausanne représente un patrimoine aussi local qu’exotique. C’est d’abord un ensemble de livres et revues rassemblés à Lausanne, pour la majeure partie dans le premier quart du XXe siècle. Ces collections reflètent des relations particulières qui ont existé entre des ouvrages et des personnes russophones passées par Lausanne : auteurs, donateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, groupes politiques… dont on retrouve les tampons et marques d’appartenance éparpillés sur les volumes.

Exemple de tampons, cote RU 2524, p.54

C’est aussi le témoignage indirect d’une histoire sociale, celle des publics de cette bibliothèque. Venus de l’empire des tsars par de multiples chemins, ils se retrouvaient pour lire, étudier et échanger.
« Ils » ou plutôt « elles »? Car parmi les nombreux russophones venus étudier à Lausanne entre 1900 et 1917, on retrouve une majorité de jeunes femmes, en quête d’une formation en médecine qui leur était souvent inaccessible dans l’empire russe.

Affichette d’une soirée de soutien pour les étudiants russes en 1908 (Archives de la Ville de Lausanne. Colonie russe)

Cette bibliothèque reflète encore une histoire politique. En effet, sa fondation paraît reliée à la première Maison du peuple de Lausanne, un projet d’éducation populaire comme il en fleurissait en Europe à l’aube de la Première Guerre mondiale. On peut conseiller à ce propos la lecture de l’ouvrage d’Olivier Pavillon, Les Maisons du Peuple de Lausanne.

Couverture du livre d’Olivier Pavillon, Les Maisons du Peuple de Lausanne, Antipodes (2024). Basée sur l’illustration Voiture stationnant dans la rue Caroline devant la Maison du Peuple. Anonyme, photographie, vers 1927.
Musée historique Lausanne, tous droits réservés.

A travers ce numéro de revue de l’Université de Grenoble ont été mis en lumière quelques aspects de cette bibliothèque oubliée. Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont permis l’avancement de ce projet. En particulier à Alexey Evstratov et François Allisson pour la coordination scientifique, à Danièle Tosato-Rigo pour son aide et ses recherches dans les archives, ainsi qu’à Natalia Boyarsky pour l’inventaire minutieux du fonds, qui débouchera sur son intégration progressive dans le catalogue Renouvaud. Sans oublier l’équipe de la reliure de la BCU Lausanne qui a permis de restaurer et reconditionner les documents les plus fragiles.