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Des notes pleines d’images (1/5) : A la découverte de la musique descriptive

La musique, souvent, nous touche sans que l’on sache toujours pourquoi. Parfois, elle fait danser, parfois elle apaise. Et parfois elle raconte. Sans un mot, elle décrit un lever de soleil, une tempête au loin, ou même un personnage, une pensée fugitive et des émotions. C’est ce que l’on appelle la musique descriptive.

Au fil de cette nouvelle série d’articles Des notes pleines d’images, nous explorerons les formes multiples de cette musique qui parle sans voix, qui peint sans couleurs et qui raconte sans mots.

Nous commencerons par les madrigalismes de la Renaissance, où la musique cherche à exprimer à la fois le texte et ses émotions. Puis, nous voyagerons jusqu’à l’univers du cinéma, où la musique devient un narrateur invisible. Nous découvrirons aussi comment de petits motifs peuvent incarner des idées puissantes, comment l’orchestre peint des poèmes et comment la nature s’invite dans les partitions pour devenir source d’inspiration infinie.

Bienvenue dans le monde fascinant de la musique descriptive !

Le goût de raconter en musique ne date pas d’hier. Dès la Renaissance, les compositeur·trices de madrigaux italiens cherchent à tisser une relation intime entre le texte et la musique. Un mot ne doit plus simplement être chanté, mais il doit vivre dans la musique, y prendre corps. C’est ainsi que naît le madrigalisme. La fonction du madrigalisme est d’évoquer, par la musique, des images qui décrivent ou amplifient le sens du texte chanté, non seulement sur le plan musical, mais aussi sur le plan graphique. Une mélodie qui monte sur le mot « ciel », ou qui s’éteint sur « morire » (mourir), ou encore le mot « sospiri » (soupirs) entrecoupé de silences. Des chromatismes extrêmes sur le mot « duolo » (douleur), ou des dissonances crues pour peindre la dureté d’un personnage. Le texte devient musique, et la musique devient image.

Claudio Monteverdi, Combattimento di Tancredi e Clorinda (1624),« S’apre il ciel, io vado in pace” (Le ciel s’ouvre, je pars en paix).

Mais le madrigalisme ne s’arrête pas à la seule musique. Il investit aussi la notation. Car à l’époque, les partitions sont aussi faites pour les yeux. Certaines éditions anciennes deviennent de véritables tableaux symboliques : des notes rondes pour figurer les yeux, des grappes de doubles ou triples croches pour figurer les frissons d’un combat ou les coups des épées. La disposition même des notes sur la portée peut parfois dessiner une courbe ascendante pour évoquer l’élévation, ou une ligne brisée pour illustrer la rupture. C’est un art total : une fusion du texte, du son, de l’image et du geste.

Ces procédés peuvent sembler subtils. Pourtant, ils agissent directement sur l’écoute. On n’a pas besoin de tout savoir pour les ressentir. C’est peut-être là, le génie du madrigalisme : il donne à entendre l’invisible.

Carlo Gesualdo, « Moro, lasso, al mio duolo » (Je meurs, malheureux, de ma douleur) (Madrigali, Libro VI, 1611)

Le madrigalisme ne fut pas un simple ornement de la musique de la Renaissance. Il a jeté les bases d’une pensée musicale descriptive qui traversera les siècles. L’idée qu’un mot, un geste, une image, puisse être entendu dans la musique, deviendra centrale pour les compositeur·trices baroques, classiques, romantiques… jusqu’à la musique de film aujourd’hui.

Rendez-vous au 17 septembre 2025 pour le prochain article : Des notes pleines d’images (2/5) : Entendre le cinéma.

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