Les Introuvables, n° 5

Traitté du jeu royal des échets, par Benjamin Asperlin De Rarogne
Lausanne, David Gentil, vers 1678
Bibliothèque cantonale et universitaire – Lausanne, 2005
Collection « Les Introuvables », 5
Prix : Fr. 29. –

Le Traitté du jeu royal des échets imprimé à Lausanne par David Gentil constitue le plus ancien manuel rédigé en langue française sur l’art de jouer aux échecs, se distinguant nettement du Jeu des eschez moralisé (1504), traduction du Liber de moribus hominum et officiis nobilium popularium rédigé par Jacques de Cessoles peu avant 1300 et de La philosophie royale du jeu des eschets de Guillaume Du Peyrat (1608), qui ne se livrent pas à l’analyse des coups et ne proposent aucune stratégie de jeu. Bien qu’il s’inspire des ouvrages classiques rédigés précédemment par Damiano de Odemira (Le plaisant jeu des eschecz renouvellé, 1560) et, surtout, de Gioachino Greco dit « le Calabrais » (Le jeu des eschets, 1669), tous deux traduits de l’italien, ainsi que du Jeu des eschecs de Ruy López de Segura, traduit de l’espagnol en 1609, l’auteur, propose des réflexions inédites qui dénotent une maîtrise du jeu remarquable.

Qui se dissimule sous les initiales B.A.D.R.G.S. ? Il s’agit en fait de Benjamin Asperlin, né dans les premiers jours de l’année 1656 à Ballaigues et mort en 1688 à Lausanne. Branche cadette de la famille de Rarogne, les Asperlin (ou Asperling, ou encore Esperlin), originaires du val Baltschieder, ont assumé dès le XIIIe siècle diverses fonctions municipales en Valais, où ils possédaient plusieurs fiefs. Etablie en terre vaudoise à la fin du XVe siècle suite au mariage de Petermann Asperlin et de Colette de Gléresse, cette famille détint diverses seigneuries, notamment celles de Bavois, Ballaigues et Lignerolle. Epoux d’Anne Seigneux, le père de Benjamin Asperlin, Samuel, obtint en 1651 la bourgeoise de Lausanne.

Benjamin Asperlin « de Raren » ou « de Rarogne » servit de 1676 à 1678 dans le régiment des gardes suisses au service de Hollande, d’où les initiales B.A.D.R.G.S. : Benjamin Asperlin De Rarogne, Garde Suisse. Ce détail permet de situer la publication du Traitté du jeu royal des échets pendant sa brève carrière militaire. Il épousa en 1683 Anne Catherine Chemilleret, dont il eut une unique fille, Marie Madeleine. La famille s’éteint en 1758 au décès du frère cadet de Benjamin, Jean Salomon.

(Notice rédigée sur la base de renseignements aimablement fournis par Pierre-Yves Favez, des Archives cantonales vaudoises, Robert Netz, Lausanne, et Richard Forster, Zurich).