Les Introuvables, n° 4

Histoire du major Davel, par Barthélemy Barnaud, éd. par F.-C. de La Harpe
Lausanne, Hignou et Comp., 1805
Bibliothèque cantonale et universitaire – Lausanne, 2005
Collection « Les Introuvables », 4
Prix : Fr. 35. –

Rédigée deux ans après l’exécution de Jean-Daniel-Abram Davel, en 1723, la « Relation de la singulière entreprise du major Davel » de Barnaud est basée sur une documentation solide. Elle a paru dans les Mémoires pour servir à l’histoire des troubles arrivés en Suisse à l’occasion du Consensus (Amsterdam, chez Jean-Frédéric Bernard, 1726) et constitue le plus ancien récit publié de la tentative de Davel pour libérer le pays de Vaud du joug bernois. En 1805, au moment où, précisément, l’image du héros vaudois se constitue, Frédéric-César de La Harpe (1754-1838) s’est avisé de donner une seconde édition de ce texte, abondamment annotée par ses soins, prétendant qu’il était demeuré ignoré « de quiconque ne s’occupait pas de théologie polémique ». En fait, la relation de Barnaud a circulé dans les milieux lettrés du pays entre 1725 et 1798. Elle a été copiée et modifiée à plusieurs reprises, et une traduction allemande en a été faite. L’originalité du projet de La Harpe tient donc avant tout dans l’interprétation renouvelée de l’entreprise de Davel et son inscription dans une vision politique marquée par le combat pour l’indépendance vaudoise, devenue réalité en 1798, la création puis l’effondrement de la République helvétique, enfin les années d’exil.

Pour des raisons qui n’ont pas été complètement élucidées, l’impression de l’ouvrage fut suspendue, peut-être sur ordre du Petit Conseil vaudois. La critique virulente de la servilité des autorités lausannoises sous le régime bernois (voir la note H) a-t-elle motivé ce retrait ? Une telle publication était-elle susceptible de compromettre les efforts des autorités vaudoises pour consolider l’indépendance du canton, récemment acquise, aux yeux des gouvernements confédérés ? Quoi qu’il en soit, les feuilles déjà sorties de presse furent mises au pilon. Deux exemplaires échappèrent cependant à la destruction, dont les trois derniers cahiers (l’ouvrage en compte huit) furent tirés « à la brosse », en appliquant une feuille de papier sur la forme contenant la composition. L’un d’eux fut remis en 1826 par Jean Rickly à la BCU (qu’il dirigera d’octobre 1844 à octobre 1848). L’autre, après avoir passé entre les mains d’Henri Fischer, libraire et éditeur du Nouvelliste vaudois, conseiller d’Etat de 1845 à 1859, se trouvait en 1967 dans la famille Bauty (Tribune de Genève, 14 avril 1967).

Barthélemy Barnaud (1693-1747), d’une famille originaire du Dauphiné réfugiée à Lausanne après la révocation de l’Edit de Nantes, a exercé la charge de pasteur à Rossinière dès 1725 puis à La Tour-de-Peilz, de 1728 sa mort.

Pour en savoir plus: Gilbert Coutaz, « Etude historiographique et archivistique des documents de l’affaire Davel », dans Revue historique vaudoise, t. 97(1989), pp. 21-56.