Les Introuvables, Hors série

Collection de cent-cinquante gravures représentant et formant une suite non interrompue des Voyages et aventures surprenantes de Robinson Crusoé, dessinées et gravées par F. A. L. Dumoulin
Vevey, de l’imprimerie de Loertscher et fils, vers 1810

Bibliothèque cantonale et universitaire – Lausanne, 2009
Collection « Les Introuvables », hors série
Prix : Fr. 45. –

François-Aimé-Louis Dumoulin (1753-1834) quitte Vevey à l’âge de vingt ans pour aller chercher fortune à Londres. Il y embarque pour les Antilles, où il demeurera neuf ans. En marge de ses emplois dans le commerce, il apprend la peinture en autodidacte. De retour à Vevey au bénéfice d’une petite fortune, il a pu vivre de sa peinture, notamment en vendant des oeuvres et en donnant des cours de dessin privés. C’est alors qu’il a repeint, de mémoire, plusieurs des tableaux réalisés aux Antilles, demeurés sur place.

Les Voyages et aventures de Robinson Crusoé, de Daniel Defoë (1660-1730) ont paru en anglais en 1717 sous le titre The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoe. La première traduction française a été publiée à Amsterdam dès 1720. Cette fiction inspirée de l’histoire véridique d’un marin écossais abandonné pour s’être rebellé sur l’île de Juan Fernandez, au large du Chili, de 1705 à 1709, a fait rêver des générations d’adolescents. Son succès ne s’est pas démenti jusqu’à nous jours, et l’on ne compte plus les rééditions et adaptations des heurs et malheurs du célèbre naufragé sur son île dans toutes les langues et sur tous les supports.
Dans l’ « Avertissement » placée à la tête du volume, Dumoulin souligne bien l’importance de ce texte et de son illustration pour le jeune homme qu’il avait été : « Dès mon enfance, ce livre et les figures qui y étaient attachées, fixèrent singulièrement mon attention ; je leur dois le goût de la lecture, du dessin et de l’étude de la nature, et Robinson Crusoé développa chez moi le désir de voyager ».

La suite gravée à l’eau-forte et retouchée au burin par Dumoulin constitue un des ensembles d’images le plus riche inspirés par les Voyages de Robinson. Sa parution dans la petite ville vaudoise de Vevey et son tirage sans doute relativement modeste expliquent sa rareté, tout en rendant difficile l’appréciation de son influence sur les illustrateurs ultérieurs du roman. Un travail de comparaison avec les corpus d’images qui précèdent et suivent sa publication permettrait sans doute de mieux mesurer son importance dans la foisonnante destinée iconographique du thème. Elle reste à faire.

« Mes dessins sont une copie fidèle de ce que j’ai vu et observé, tant pour le paysage que pour la marine, que j’ai étudiés l’un et l’autre avec autant d’ardeur que d’exactitude, et c’est d’après les meilleurs auteurs qui ont décrit les costumes et paysages de l’Inde et de l’Asie septentrionale que j’ai travaillé pour la dernière partie de cet ouvrage ; c’est, entr’autres, d’après le père Kircher, dans sa Chine illustrée, et le voyage de Lord Macartney, que j’ai puisé le dessin de la grande muraille. Quant à la gravure, on verra, sans que je le dise, que c’est l’ouvrage d’un apprentif, qui ne l’a apprise que de lui-même et sans le secours d’aucun maître. »